Lettres hongroises

Parce que le hongrois est une langue difficile qui ne ressemble à aucune autre (à part le finnois) en Europe, elle a longtemps eu du mal à se faire connaître. Que de génie pourtant vous y attendent, notamment au XX° siècle…

Miklos BANFFY (1873-1950), Deszö KOSZTOLANYI (1885-1936), Geza CSATH (1887-1919), Frigyes KARINTHY (1887-1938)

  • Miklos BANFFY (1873-1950) Membre de la haute aristocratie hongroise, M.Banffy est l’auteur d’une impressionnate trilogie que l’on redécouvre ces derniers temps et qui nous plonge dans la fastueuse folie de la Belle époque quand l’Empire, se mettant à trembler, jette ses derniers feux. Comparé un peu vite à Proust, il a néanmois ce souci de reconstituer dans les débris du temps, la splendeur passée.Chez Phébus, on pourra lire: Vos jours sont comptés, Vous étiez trop légers, Que le vent vous emporte.
La Trilogie de Transylvanie - Tome1, Vos jours sont comptés de Miklos Banffy ed. Phebus 15,80€
La Trilogie de Transylvanie – Tome1, Vos jours sont comptés de Miklos Banffy ed. Phebus 15,80€

Le roman s’ouvre sur une fête dans un château des environs de Budapest. Il y a là un comte aux idées larges mais qui n’imagine pas vivre un jour privé de ses privilèges, une beauté mal mariée en peine de justes cornpensations, un pianiste de talent ravagé par la passion du jeu, une jeune fille pétrie d’espérances et d’illusions… Tout ce beau monde passe son temps à se déchirer : intrigues, scandales, complots, crimes, imbroglios politiques, passions avouables ou non. Et, en toile de fond, la dégringolade de l’Empire austro-hongrois. Car autour d’eux l’Histoire semble accélérer dangereusement le pas. Vos jours sont comptés est le premier volume de la célèbre  » Trilogie transylvaine  » qui nous fait vivre les mille efforts dérisoires d’une société pour échapper à la chute. La Trilogie de Transylvanie – Tome 2, Vous étiez trop légers , La Trilogie de Transylvanie – Tome 3, Que le vent vous emporte

Que le vent vous emporte... de Miklos Banffy ed. Phébus 20,30€
Que le vent vous emporte… de Miklos Banffy ed. Phébus 20,30€

Voici que s’accomplit, avec ce dernier volume de la  » Trilogie transylvaine « , la troisième parole prophétique du livre de Daniel : Vous serez divisés… Lorsque Balint Abady pénètre dans cette loge où résonnent les accents déchirants de Madame Butterfly, un frisson le saisit. Adrienne Miloth est assise tout près de lui, dans la loge voisine, et au moindre mouvement, ils peuvent s’effleurer. Il ne l’a pas revue depuis un an, depuis que le destin les a séparés, mais l’épreuve est trop douloureuse… il ne peut que prendre la fuite. Dans cette évocation poignante de la fin de l’Empire austro-hongrois, Miklos Banffy, conteur né, restitue à merveille les fastes et les ravissements d’une société qui s’étourdit au bord de l’abîme. Il entrecroise les destins individuels, ceux d’Adrienne la femme mariée, et de Balint l’homme public, les descriptions éblouissantes de la Transylvanie, aux soubresauts de l’Histoire, promenant sur les amours qui se décomposent et les dynasties qui finissent en impasse le regard désenchanté de l’aristocrate exilé dans son propre pays… Comme celle de son compatriote Sandor Marai, l’œuvre de Miklos Banffy, quasiment oubliée depuis plus d’un demi-siècle, comparée par la critique à La marche de Radetzky de Joseph Roth et au Guépard de Lampedusa, nous transporte avec nostalgie et lucidité au cœur d’un monde aujourd’hui disparu.

  • Deszö KOSZTOLANYI (1885-1936) Ce nom que nous ne prononcerons sans doute jamais correctement est celui du plus apprécié des auteurs hongrois d’avant-guerre. Né en 1885, devenu journaliste, ce polygraphe invétéré connaît le succès par ses poésies d’abord puis ses romans qu’il fait paraître en quelques années de 1922 à 1926 lui procurant une popularité bien au-delà de ses frontières : Le Cerf-volant d’or, Anna la douce et Alouette. Il y fait montre d’un talent saisissant pour peindre des monstres ordinaires ou endormis, des créatures qui nous ressemblent et se réveillent. Dans Alouette, c’est la vieille fille de la maison, laidissime, qui fait exploser, lors d’une courte absence, la haine que ses parents lui vouent ; Anna la douce est la perle des bonnes, celle qu’on envie à ses maîtres, mais elle les trucide horriblement…Sans pitié pour la société hongroise qu’il malmène en dévoyant les clichés bourgeois, D.K. a un regard pour chaque félure. C’est à son double littéraire, Kornel Esti, qu’il confiera ensuite le soin, dans de nombreuses nouvelles, de disséquer avec une ironie qui n’exclut pas la poésie cette âme humaine fascinante.
Portraits de Deszö Kosztolanyi ed La Baconnière 16€
Portraits de Deszö Kosztolanyi ed La Baconnière 16€

A la fin des années 1920, au sommet de sa gloire, Dezso Kosztolanyi eut l’idée d’endosser les humbles habits d’un enquêteur pour croquer sur le vif les représentants, le plus souvent anonymes, des métiers les plus divers. Trente-cinq de ces entretiens, de la sage-femme au fossoyeur, sont présents dans ce recueil. Ces Portraits brossent en quelques échanges enjoués une personnalité ; les questions y sont toujours pertinentes, souvent surprenantes, et fouillent dans la vie, les anecdotes, les pensées d’une femme de ménage légère et rieuse, d’un éboueur bourru ou encore d’un imprimeur consciencieux. Capable d’apartés hilarants, Kosztolanyi donne à lire, à travers l’ironie, la tendresse et l’empathie pour les êtres simples qui caractérisent son art, une étude de mœurs vive et fascinante. On y retrouve son amour de la littérature, ses réflexions sur le métier d’écrivain et sa vive attention au langage alliant la clarté française au sens très aigu des ressources de la langue hongroise. Mais ces Portraits permettent surtout à Kosztolanyi de se demander ce que signifie pour ses semblables l’existence elle-même. Son propos lui est suggéré par sa conviction originale que la vie est un miracle pour lequel on se doit de lutter. La façon qu’ont le barbier, la choriste, le photographe ou le diplomate, et bien sûr l’écrivain, de vivre ce miracle, sont des réponses à la question : la vie vaut-elle d’être vécue ? De cette brillante confession inédite en français, que l’on peut considérer comme une trouvaille hors pair du point de vue du genre, on s’en délectera à plus d’un titre.

Le cerf-volant d'or de Dezsö Kosztolanyi ed. Viviane Hamy 11,20€
Le cerf-volant d’or de Dezsö Kosztolanyi ed. Viviane Hamy 11,20€

Le Cerf-volant d’or est le dernier roman de Kosztolányi à sortir en bis. Les livres de l’auteur hongrois remportent un vrai succès dans la collection (plus de 15 000 ex. du Traducteur cleptomane vendus à ce jour). Si Alouette et Anna la douce présentaient deux destins de femme, Le Cerf-volant d’or « cerne » l’existence d’Antal Novàk, professeur de mathématiques-physique-chimie du lycée de Szárzeg (ville imaginaire où évoluent déjà les protagonistes d’Alouette). Positif, épris de son métier, ayant foi en sa mission d’éducateur, amoureux de la nature, Antal Novàk est respecté par ses élèves qui l’estiment et le craignent à la fois. Mais le professeur est aussi le père d’une jeune fille de dix-sept ans, qu’il élève seul. Au faîte de sa carrière, jouissant de la reconnaissance de tous, le conflit qui l’oppose à Hilda et le mutisme obstiné d’un de ses élèves de terminale bouleversent ses certitudes et font basculer son univers…

Le Traducteur cleptomane - Et autres histoires de Deszö Kosztolanyi
Le Traducteur cleptomane – Et autres histoires de Deszö Kosztolanyi ed. Viviane Hamy 7,20€

Il est des livres qu’on sirote sans se presser, en modérant volontairement les signes d’impatience de l’index qui froisse les pages, comme si on voulait en préserver le parfum le plus longtemps possible. Le Traducteur cleptomane, un recueil de nouvelles du Hongrois Dezsô Kosztolányi, a le bonheur de faire partie de ces ouvrages-là.  » Le Journal de Charleroi. »L’humour de Kosztolányi fait des ravages dans ces récits tranchants comme des rasoirs : l’avant-dernier, par exemple, qui raconte les tribulations d’un chapeau melon, est un petit chef d’œuvre de dérision chaplinesque. Kafka chez le père Ubu…  » André Clavel, L’Événement du jeudi.  » On pense bien sûr à Kundera. Le romancier hongrois, tout comme le Tchèque, a cet art de dire l’indicible, la sclérose et la mort sur un air de fugue et un ton de plaisanterie.  » Michèle Gazier, Télérama.  » Parce que jamais dans la vie ne s’est encore produite une situation à laquelle on n’ait pu appliquer cette phrase « c’est la vie », ne mourez pas avant d’avoir lu ces nouvelles!

  • Geza CSATH (1887-1919) Médecin psychiatre à Budapest, intéressé parmi les premiers à la psychanalyse comme son compatriote Sandor Ferenczi, il est l’auteur d’une oeuvre hallucinée où se conjuguent réalisme le plsu dur et onirisme le plus étrange : les thèmes de la mort, de la jouissance interdite reviennent souvent. Opiomane convaincu qui fut cependant vaincu, il pensait « qu’avec la volupté les frontières entre les choses s’estompent et l’absurdité disparaît (…) C’est la vérité absolue qui se situe au-delà du jugement des sens ». Il se donne la mort à l’âge de 32 ans, après avoir tué sa femme. La quasi-intégralité de ses nouvelles sont disponibles en France sous les titres : En se comblant mutuellement de bonheur et Le jardin du mage. Sa puissance mérite en tout cas qu’on le sorte de l’ombre.
Dépendances - Journal (1912-1913) de Géza Csath ed. Arbre vengeur 15,30€
Dépendances – Journal (1912-1913) de Géza Csath ed. Arbre vengeur 15,30€

Érotomane. Graphomane. Morphinomane. Chacun de ces qualificatifs définit à un moment ou un autre la figure de Géza Csàth, homme aux multiples dépendances. Près d’un siècle après sa mort, il continue, en Hongrie d’où il est originaire, et dans le monde où son oeuvre est largement traduite, à susciter interrogations et impressions contradictoires. Avec son journal enfin traduit en français, on découvre la face cachée de cet écrivain génial qui mit à se torturer une passion toute particulière. Œuvre littéraire exceptionnelle née en marge de la psychanalyse balbutiante, ce Journal intime dévoile les facéties libertines et féroces d’un héritier de Casanova se muant peu à peu en victime d’une terrible tragédie. L’écriture ne pardonne pas, croit-on savoir : en voici une preuve stupéfiante.

Le jardin du mage : et autres nouvelles de Géza Csath ed. Arbre vengeur 15,30€
Le jardin du mage : et autres nouvelles de Géza Csath ed. Arbre vengeur 15,30€

Recueil de nouvelles traçant le portrait d’un homme devenu écrivain pour combler des pertes que ses héros prennent en charge pour lui, ou comment des expériences traumatiques se transforment en oeuvres d’art.

  • Frigyes KARINTHY (1887-1938) Grand nom de la littérature hongroise, habitué du « Café Central » de la capitale aux côtés de son ami D. Kosztolanyi, Frigyes Karinthy (photo du haut) incarne l’esprit budapestois du début du XXème siècle. Inscrite dans l’effervescence culturelle de la « belle époque » austro-hongroise bientôt anéantie par la première guerre mondiale, son oeuvre reflète l’extrême sagacité de son regard et son goût inaltérable pour le rire (incarné par sa formule devenue célèbre : « en matière d’humour, je n’admets pas de plaisanterie »). Pour en prendre bonne mesure, il n’est que d’évoquer son Voyage autour de mon crâne, « roman » autobiographique de l’évolution de sa tumeur au cerveau : autodérision et humour forcené métamorphosent le récit en une promenade introspective enjouée et en hymne à la vie. C’est à ce Karinthy facétieux que l’on doit le Reportage céleste de notre envoyé spécial au paradis dans lequel un journaliste, en voyage dans l’au-delà, consigne ce qu’il voit et entend de la bouche des grands personnages du passé. Sous couvert de farce extravagante, l’entreprise ubuesque bouscule les croyances et les valeurs erronées de l’ici-bas. Les « histoires » qui composent Je dénonce l’humanité nous régalent de cet art accompli du non-sens. Très éclectiques (l’esprit libre de Karinthy virevolte avec bonheur de nouvelle psychologique en récit historique, de nouvelle d’anticipation en saynète dialoguée), elles mettent en scène des personnages (souvent présentés comme l’auteur lui-même) qui, confrontés à des situations burlesques jusqu’à l’absurde, sont poussés dans les retranchements de leur conscience, acculés à leur mauvaise foi et à leurs préjugés. Empreint de ce même désir d’éveiller les consciences à leurs propres contradictions, dans une veine cette fois plus proche d’un Orwell que d’un Jarry, Capillaria, le pays des femmes est le portrait d’une société fantasmatique où sont culbutées les valeurs de l’occident phallocratique. Sous la plume de Karinthy, la remise en question des évidences, aussi humoristique soit-elle, prend une dimension politique et philosophique. On peut parier que c’est précisément parce qu’il s’épanouit sur une vision grave des choses que l’humour de l’amuseur-amusé est aussi pertinent et irrésistible. Le Cirque, recueil de nouvelles plus sombres et oniriques, révèle le clown triste qui se cache sous les facéties. Karinthy y met en scène angoisses, fantasmes, souvenirs et peurs de l’enfance, sans grandiloquence toutefois, avec la simplicité et la justesse de trait caractéristique de toute son œuvre.
Voyage autour de mon crane de Frigyes Karinthy ed. Viviane Hamy 11,20€
Voyage autour de mon crane de Frigyes Karinthy ed. Viviane Hamy 11,20€

Années 30, Budapest. F. Karinthy lit son journal comme chaque matin à la terrasse d’un café. Soudain, il entend un train. Surprise : il n’y a pas de gare aux alentours… Il court chez son médecin, des examens ont lieu, et on lui découvre une tumeur au cerveau. Il y a une possiblité de l’opérer, mais l’intervention est trop coûteuse. C’est le peuple hongrois qui va alors se cotiser pour la lui payer. Pourquoi ? Parce que cet écrivain, brillant humoriste qui s’est fait connaître très jeune est si populaire et tellement aimé que la Hongrie n’a pas envie de la voir disparaître … Pour remercier les Hongrois, Karinthy leur offrira le récit de cette opération hallucinante. Un texte devenu depuis un grand classique.

Faremido de Frigyes Karinthy ed. Cambourakis 9€
Faremido de Frigyes Karinthy ed. Cambourakis 9€

Sur le modèle de«Les voyages de Gulliver», l’auteur fait atterrir un pilote d’avion de la Première Guerre mondiale dans une contrée où des androïdes parlent une langue musicale.

Epepe de Ferenc Karinthy ed. Zulma 9,95€
Epepe de Ferenc Karinthy ed. Zulma 9,95€

Budaï, brillant étymologiste hongrois, se rend à Helsinki pour un congrès de linguistique lorsque son avion atterrit inexplicablement dans une mégalopole inconnue. Impossible pour Budaï d’en sortir ou d’en saisir l’énigmatique langage, lui qui maîtrise pourtant plusieurs dizaines d’idiomes. Prisonnier de cette ville qui le harponne autant qu’elle nie son existence, Budaï fait la fort heureuse rencontre d’Épépé, si tant est que tel soit son prénom ! , une douce liftière auprès de laquelle il tente désespérément de comprendre ce monde cauchemardesque et indéchiffrable… où survivre, quand on est étranger, devient une épopée infernale.

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