L’après

Face à la folie sanguinaire, il y a la raison ; face à la peur, il y a le courage de penser, lire et dire que, par-delà toute opinion, nous sommes des démocrates.

De la démocratie contre la peur

Les attentats de la nuit du 13 novembre nous choquent et nous bouleversent ; nous n’éprouvons qu’émotion, deuil et respect à l’égard des victimes. Dans le même temps, nous conservons la certitude que c’est la pensée et non l’apathie qui demeure la bonne réponse.
Notre métier, notre monde, ce sont les livres, nous souhaitons ici proposer à ceux qui le souhaitent quelques éléments pour comprendre ces événements. Mais il nous semble aussi indispensable de penser ce qui est visé, de comprendre, à nouveau, ce qu’est la démocratie. Afin de ne jamais céder à la terreur et d’être libres.

Donner votre sang …ici

La démocratie, collectif ed.GF Flammarion 7,90€
La démocratie, collectif ed.GF Flammarion 7,90€

La démocratie Il faut se soucier de la démocratie. Les philosophes l’ont bien compris, qui, depuis l’Antiquité, ont interrogé ce régime politique où le pouvoir est détenu par le peuple et où chacun, à la fois gouverné et gouvernant, a charge de veiller au bien commun. Ce régime est-il vraiment le meilleur de tous ? Si le démocrate est d’abord celui pour qui le lien social doit être pensé selon une norme d’égalité, de quelle égalité parle-t-on ici ? Comment la démocratie articule-t-elle liberté de l’individu et souveraineté commune ? Ne contient-elle pas aussi en elle les germes de la tyrannie ? Alors que la démocratie est en passe de devenir, dans le discours contemporain, un terme vide, visant essentiellement à teinter d’une nuance laudative ce qu’il est supposé qualifier, il est urgent de relire les penseurs qui se sont attachés, fût-ce pour la critiquer, à la questionner et à lui donner sens. Cette anthologie rassemble les plus grands textes sur la démocratie, de Platon à Habermas, en passant par Aristote, Cicéron, Spinoza, Hobbes, Montesquieu, Rousseau, Kant, Constant, Hegel, Tocqueville, Marx, Arendt, Castoriadis ou encore Rawls.

Conjurer la peur : essai sur la force politique des images, Sienne, 1338 de Patrick Boucheron  ed. points 9,50€
Conjurer la peur : essai sur la force politique des images, Sienne, 1338 de Patrick Boucheron ed. points 9,50€

D’où viendra le danger ? L’un lève les yeux au ciel, l’autre jette un regard de côté. Deux soldats, pressés l’un contre l’autre, confrontent leurs solitudes apeurées. Ils furent peints par Ambrogio Lorenzetti, comme en état d’urgence sur cette fresque que l’on dit du «bon gouvernement». C’était en 1338, dans le palais public de la république de Sienne, tandis que rôdait le spectre de la tyrannie. Il est une actualité de cette peur ancienne qui hante toujours notre modernité. Elle saisit à nouveau dès lors qu’on laisse venir la force politique des images. Car ce qui fait le «bon gouvernement» n’est rien d’autre que ses effets concrets, visibles et tangibles sur la vie de chacun. En les regardant en face, sans doute a-t-on quelque chance de repousser, pour un temps, la trouble séduction de la seigneurie. La peinture de Lorenzetti est le récit fiévreux de ce combat politique toujours à recommencer.

Le bon gouvernement de Pierre Rosanvallon ed. Seuil 22,50€
Le bon gouvernement de Pierre Rosanvallon ed. Seuil 22,50€

Nos régimes sont dits démocratiques parce qu’ils sont consacrés par les urnes. Mais nous ne sommes pas gouvernés démocratiquement, car l’action des gouvernements n’obéit pas à des règles de transparence, d’exercice de la responsabilité, de réactivité ou d’écoute des citoyens clairement établies. D’où la spécificité du désarroi et de la colère de nos contemporains. À l’âge d’une présidentialisation caractérisée par la concentration des pouvoirs entre les mains de l’exécutif, Pierre Rosanvallon montre que le problème n’est plus seulement celui de la «crise de la représentation». Il est devenu celui du mal-gouvernement. Or la théorie de la démocratie a jusqu’à présent fait l’impasse sur cette question des rapports entre gouvernés et gouvernants en se limitant à penser la représentation et l’élection. Il est donc urgent d’aller aujourd’hui plus loin pour comprendre les mécanismes de ce mal-gouvernement et déterminer les conditions d’une nouvelle révolution démocratique à accomplir. Ce livre propose d’ordonner les aspirations et les réflexions qui s’expriment aujourd’hui dans de nombreux secteurs de la société civile et dans le monde militant autour de ces questions en distinguant les qualités requises des gouvernants et les règles organisatrices de la relation entre gouvernés et gouvernants. Réunies, celles-ci forment les principes d’une démocratie d’exercice comme bon gouvernement.

Les irremplaçables de Cynthia Fleury ed. Gallimard 16,90€
Les irremplaçables de Cynthia Fleury ed. Gallimard 16,90€

Le pouvoir ne prend sens que par et à travers les citoyens. De même que la nature a horreur du vide, le pouvoir politique tend à mettre sous tutelle cette chose si précieuse, qui fait l’objet de ce livre et qui est au cœur de nos vies. Les Anglais l’appellent le « self-fulfillment ». Cynthia Fleury, qui n’écrit pas en anglais même si elle enseigne à l’American University of Paris, nomme cette capacité de saisir l’instant, de s’emparer de son destin, l’« individuation », le « devenir sujet » en dépit de toutes les contingences. Les Pathologies de la démocratie (Le Livre de Poche) proposait déjà une réflexion philosophique sur le pouvoir, d’« essence totalitaire », dit-elle ici. D’une manière souvent sensible, tirant ses exemples de la littérature comme de la psychanalyse, Cynthia Fleury poursuit sa démarche en refusant de baisser les bras face aux atteintes quotidiennes à l’intelligence et à la conscience qu’a l’individu de lui-même. Chacun de nous est irremplaçable : il suffit juste d’une prise de conscience. Tout l’enjeu de ce livre, sorte de feuille de route éthique pour le futur, est de pointer les multiples conditions d’émergence de cette dernière. Mais la connaissance de notre singularité, de notre irremplaçabilité, n’est encore rien : reste à l’individu moderne à « sublimer » son expérience, sa condition d’homme, sans quoi, dit-elle, le projet moderne serait en échec. On décèle une inquiétude, un trouble, dans les pages qu’elle consacre à Médée qui tue ses enfants car elle refuse d’être remplacée dans le cœur de Jason, et à Cronos, qui mange ses enfants « par peur d’être détrôné par eux » : tous deux, incapables d’affronter le manque, et surtout de le sublimer, renvoient à cet « incurable du manque » contemporain. « Affronter sans cesse le manque est le chemin que chaque individu parcourt pour devenir ce qu’il est » : ce « processus d’individuation », certes douloureux, est un immense défi.

Penser la liberté, penser la démocratie de Raymond Aron, Quarto 34,50€
Penser la liberté, penser la démocratie de Raymond Aron, Quarto 34,50€

«Jamais les hommes n’ont eu autant de motifs de ne plus s’entretuer. Jamais ils n’ont eu autant de motifs de se sentir associés dans une seule et même entreprise. Je n’en conclus pas que l’âge de l’histoire universelle sera pacifique. Nous le savons, l’homme est un être raisonnable mais les hommes le sont-ils ?» Raymond Aron, L’Aube de l’Histoire universelle, 1960. «L’héritage d’Aron, c’est un état d’esprit, une éthique intellectuelle, un engagement de citoyen. L’état d’esprit réside dans la volonté de comprendre avant de juger en pensant le monde tel qu’il est et non tel qu’on le rêve. L’éthique intellectuelle passe par le respect des faits et l’impartialité dans la discussion. La posture mêle indissociablement le savant et le combattant de la liberté politique, qui « contribue à rendre les hommes dignes d’elle, à en faire des citoyens, ni conformistes ni rebelles, critiques et responsables ».» Nicolas Baverez, Préface.

Le piege Daech de Pierre-Jean Luizard ed. La découverte 13,50€
Le piege Daech de Pierre-Jean Luizard ed. La découverte 13,50€

Le groupe Etat islamique, inconnu il y a encore quelques mois, a fait une entrée fracassante et sanguinaire dans l’actualité internationale. Profitant des crises en chaîne qui secouent l’Irak et la Syrie, « Daech » a pris le contrôle d’une vaste région et dispose aujourd’hui de gigantesques ressources financières. Sa volonté de construire un Etat le distingue nettement d’Al-Qaïda. Rompant avec nombre de commentaires à chaud, l’historien Pierre-Jean Luizard, grand spécialiste de la région, essaie de comprendre les succès de l’Etat islamique, dans le contexte de déliquescence des Etats de la région, notamment l’Irak et la Syrie.
Il met au jour des logiques moins visibles, locales autant que mondiales, sociales autant que religieuses, dont les racines remontent au début du siècle dernier, à l’époque où l’Europe dessinait les frontières actuelles du Moyen-Orient. Dans cet essai qui fait dialoguer l’actualité immédiate et la grande Histoire, l’auteur explique pourquoi nous sommes aujourd’hui tombés dans le « piège Daech ».

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :